Christophe Rouleaud 
Une humanité vibrante

Ce qui préoccupe fondamentalement Christophe Rouleaud c’est la question de la condition humaine. Sujet apparemment d’évidence pour qui veut réfléchir quelque peu sur le sens de notre existence. Mais thème bien délicat à mettre artistiquement en forme pour toucher et émouvoir et en même temps provoquer chez le « regardeur » (1) la pensée dans ce qu’elle peut avoir de plus essentiel, de plus philosophique.
Aussi ne s’étonnera-t-on pas, avec de telles préoccupations - dans lesquelles l’esthétique a bien évidemment sa place mais seulement sa juste place - de trouver dans son atelier toute une humanité en marche vers ses « impossibles étoiles » : des Don Quichotte à la poursuite de ses rêves (au point d’en avoir laissé sur le chemin le brave Sancho pourtant si indispensable à la dialectique du roman), des Icare tentant désespérément et fort peu sagement de se libérer des glaises d’ici bas pour s’éblouir d’une trop grande et mortelle liberté. Mais aussi des mains tendues vers le ciel pour essayer d’attraper le bonheur ou du moins quelque espoir. Ou encore des êtres perdus dans des villes trop grandes ou bien naufragés dans les prisons ferrailleuses des caddies de la consommation... (2)

Bref toute une humanité vibrante en dépit de son décharnement stylistique qui est loin d’être tragique mais qui incite plutôt à lire l’intensité de la pensée plutôt que les émotions pourtant bienfaisantes de la chair. C’est un choix plastique certes, sans doute en un hommage sincère à ce Giacommetti qu’il aime tant, mais c’est surtout pour Christophe Rouleaud une nécessité de sens pour que ses idées prennent forme avec suffisamment de force et que chacun puisse les saisir d’emblée pour peu qu’il regarde l’œuvre avec empathie (3) . C’est donc le contraire d’un travail conceptuel au sens un peu sec et intellectuel du terme tel qu’il est utilisé dans l’art contemporain. 

Paradoxalement, dans toute cette glaise d’où Christophe Rouleaud extrait ses sculptures, comme dans les premières lignes de la Genèse au 7ème jour, il arrive à lutter contre la pesanteur primitive du matériau et à lui donner l’énergie de s’élever, ou du moins de tenter de s’élever vers les questions éternelles des civilisations : « D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où

allons-nous ? » (4) ...

 Pierre GILLES

Commissaire de manifestations d’art contemporain

(1) L'artiste dans l'art contemporain renouvelle radicalement la position du public dans l'œuvre elle-même. La compréhension du tableau étant le plus souvent laissée en définitive au public, l'observateur de l'œuvre l'achève. Marcel
Duchamp affirme ainsi " C'est le regardeur qui fait le tableau", qui donne son sens à l'œuvre, laquelle peut de ce fait revêtir autant de sens que l'intellect du regardant en produit. (http://hortensiaetcompagnie.blogspot.fr/)
(2) Christophe Rouleau dixit : « ... parler de solitude, de chagrins et de doutes, sous forme de personnages figuratifs – Errance, La Chute, Assis –, de manière plus conceptuelle – Le Cri, Vertige – ou allégorique – Chélonium, La Rencontre. Atlas et La Haine marquent les étapes d’une réflexion sur la condition humaine et notre temps ; Atlas ne porte plus les cieux mais le cadre au travers duquel on regarde notre monde, tandis que La Haine s’inspire d’un article relatant un
massacre dans les environs d’Alger. Parler de l'état du monde et de ses convulsions, qu'il s'agisse des conflits armés – Le pont d'Halat, Errebe, Craonne 
–, des banlieues – La Révolte, Gris –, de l'environnement – La Dernière Danse, Réfugié, Figure de style. Naufrage réalise la synthèse de ces thèmes en transposant la scénographie du Radeau de la Méduse de T. Géricault dans un chariot de supermarché, figure d’une humanité à la dérive. Parler aussi de ce qui m'enthousiasme, en évoquant un ami musicien – Le Pianiste –, les peuples qui se lèvent – L'Espoir –, ce rêveur sublime qu’est Don Quichotte ou encore la possibilité d'un autre monde, en laquelle je persiste à croire, avec Utopie. »
(3) Le terme « empathie » a été créé en allemand (Einfühlung, « ressenti de l'intérieur ») par le philosophe Robert Vischer en 1873 dans sa thèse de doctorat « Über das optische Formgefüh » pour désigner l'empathie esthétique, le mode de relation d'un sujet avec une œuvre d'art permettant d'accéder à son sens. Ce terme a ensuite été étendu à toute aptitude psychologique qui permet la compréhension des ressentis d'autrui.
(4) Titre du fameux tableau de Paul Gauguin (1898)

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